Le spectre des 5 heures et 32 minutes plane sur les 21 virages les plus célèbres du monde. Cette semaine, alors que le mercure menace de dépasser les 30 degrés dans la vallée de l'Oisans, la Marmotte Granfondo Alpes n'est pas seulement une épreuve d'endurance ; c'est une traque contre l'histoire et le thermomètre. Les bruits de couloir du cyclosport indiquent que le niveau du peloton amateur cette année, avec plusieurs ex-continentaux sur la ligne de départ, a pour seul objectif de pulvériser le temps stratosphérique établi par Stefano Negrini à une époque où le bitume ne brûlait pas comme prévu ce dimanche.
L'enfer des 5 000 mètres de dénivelé positif
Il n'y a aucune marge d'erreur face à ces 177 kilomètres qui enchaînent le Glandon, la Croix de Fer, le Télégraphe et le Galibier avant l'estocade finale. La véritable information cette année réside dans la gestion hydrique face à une vague de chaleur qui transformera l'ascension du Galibier en fournaise à 2 642 mètres d'altitude. Les directeurs sportifs des principales équipes internationales de gran fondo ont déjà prévenu : celui qui ne franchira pas le Lautaret avec une réserve stratégique de glycogène et de sels subira une fringale historique dans les rampes de l'Alpe d'Huez.
Vendredi de feu sur la Grimpée
Le prologue du drame débutera ce vendredi 26 avec la Grimpée Alpe D'Huez. À peine 13 kilomètres, mais avec 1 100 mètres de dénivelé positif qui servent de véritable juge de paix pour les favoris. Beaucoup utiliseront ce contre-la-montre en bosse pour ajuster les braquets, bien que le gros des 7 000 cyclistes attende dimanche pour la grande bataille. Entre-temps, la Rando des Marmottes du samedi propose une version plus apaisée en deux jours pour ceux qui préfèrent savourer le paysage, mais l'attention médiatique est portée sur le dimanche 28, où le rapport poids-puissance déterminera qui survivra au goudron liquide.
L'organisation a renforcé les points de ravitaillement liquide, consciente que le plus grand ennemi cette année ne sera pas le pourcentage moyen de 8 % des lacets de l'Alpe d'Huez, mais la déshydratation sévère dans la vallée de la Maurienne. Le record est à portée de main, mais le prix à payer en termes de fatigue thermique pourrait être le plus élevé de la dernière décennie. Le cyclisme épique retrouve son décor fétiche avec une incertitude : le corps humain peut-il battre le chrono quand l'air brûle les poumons ?